Chapitre 17 : La grande prostituée
**CHAPITRE 17**
**La grande prostituée**
Il s'agit d'un chapitre particulièrement important où trois approches différentes vont amener des interprétations divergentes. Ces trois approches sont :
1. L'approche classique qui voit en la grande prostituée le pouvoir de l'empire romain, que nous appellerons approche historique.
2. Celle qui voit en elle le pouvoir de l'argent, de la richesse et de la possession, que nous appellerons approche symbolique.
3. Enfin, celle du pouvoir religieux qui se compromet avec le pouvoir politique, que nous appellerons approche spirituelle.
Remarque : ces trois approches ont leur logique, et il est difficile de trancher entre elles. Elles donnent lieu à de nombreuses discussions.
Verset 1 : « Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes vint me parler et dit " Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux. "»
Un des anges qui a versé sa coupe s'adresse à Jean. Il lui indique ce qu'il va advenir de la grande prostituée. Jean ne précise pas de quel ange il s'agit. L'identité de l'ange a donné lieu à des discussions entre exégètes, mais cela n'a que peu d'importance et c'est sans doute pour cela que Jean ne l'indique pas.
La grande prostituée, c'est Babylone la grande, et nous avons vu au chapitre précédent que plusieurs interprétations pouvaient être faites selon l'approche. Au chapitre 16 verset 19, nous avons également vu que Babylone la grande a été détruite après avoir bu le vin de l'ardente colère de Dieu.
Une des interprétations (approche historique) assimile la grande prostituée à l'empire romain et à l'exercice de son pouvoir politique, qui a abouti aux persécutions des premiers chrétiens (voir les commentaires au chapitre 16).
Mais d'autres voient plutôt l'image de Babylone non pas sous sa forme historique, mais comme une représentation du pouvoir de l'argent et du commerce (approche symbolique).
Enfin, certains voient en la prostituée l'Église corrompue, la puissance religieuse. Les grandes eaux représentant ainsi les populations dominées et sous son influence, qui apportent leur soutien à la grande prostituée qu'ils appellent la fausse religion (approche spirituelle).
Dans ce verset, l'ange précise que la grande prostituée est assise sur de grandes eaux. Nous avons vu que la mer représentait souvent une population agitée, tandis que l'eau représentait une population apaisée. Ainsi, les grandes eaux représentent une population importante mais relativement calme. Au verset 15 de ce chapitre, nous en avons la confirmation : « Puis il me dit : « Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues. » Ces populations sont apaisées car elles se complaisent avec ce pouvoir qui leur fournit la prospérité, la richesse, la tranquillité et la paix.
Remarque : cette image de la population apaisée convient aux trois approches.
Verset 2 : « C'est avec elle que les rois de la terre se sont livrés à l’immoralité, et c'est du vin de sa prostitution que les habitants de la terre se sont enivrés. »
L'ange précise qu'avec la prostituée, les rois de la terre se sont livrés à l'immoralité.
Pour l'approche historique, les rois sont les différents empereurs qui se sont succédés. Mais le terme « les rois de la terre » est important et semble objecter à cette interprétation comme étant Rome la prostituée, car l'article défini « les » sous-entend de nombreux rois, si ce n'est tous les rois de la terre. Autrement dit, tous les dirigeants de la terre et donc pas seulement les empereurs romains successifs. Il en va de même pour l'interprétation spirituelle qui voit dans la prostituée la religion corrompue, car elle ne peut concerner que quelques gouvernants et non les gouvernants de toute la terre.
Il faut noter aussi l'usage de l'article défini « les » habitants de la terre, qui indique que de très nombreux hommes de « la » (encore un article défini) terre, et donc pas seulement de Rome, se sont enivrés du vin de sa prostitution, c'est-à-dire se sont enivrés de ce que la prostituée a produit.
Certes, du temps de l'empire romain, les empereurs exigeaient un culte à leur image, constituant une abomination au sens biblique, mais cela ne concernait que l'empire romain et non toute la terre.
Ainsi, l'hypothèse de la grande prostituée qui représente l'adoration, le culte de l'argent, du commerce, de la richesse semble dans ce verset plus logique que celle de l'empire romain, car elle concerne le monde entier. Notons qu'au verset précédent, la « prostituée » est assise. Cette posture indique qu'elle est fondée sur l'acception d'une grande population pour boire le vin qu'offre la grande prostituée. Le vin de sa prostitution signifie l'ivresse qui vient de l'adoration qu'elle engendre. L'argent, la richesse et la possession sont adorés par presque toute les populations et de tout temps.
Que concerne l'immoralité ?
Dans l'hypothèse historique, l'immoralité, c'est le culte de l'empereur Dieu, mais à laquelle on peut aussi associer des pratiques immorales de l'empire romain.
Dans l'approche symbolique, l'immoralité concerne des gens qui possèdent de grandes richesses tandis que d'autres vivent dans la misère. On peut également y associer certaines pratiques de ces gens qui, pour satisfaire leurs désirs toujours plus grands et parce qu'ils en ont les moyens, ont une vie décadente (drogue, sexe, clubs privés, pratiques d'ésotérisme...).
Enfin, pour ceux qui ont une approche spirituelle, l'histoire n'est pas sans manquer d'éléments peu en faveur de la religion, à cause de ses richesses et de ses opulences dans lesquelles elle vit ou a vécu, ainsi que par l'introduction de doctrines qui sont sujettes à controverse, par exemple : le culte des saints (vers 375), la Sainte Vierge mère de Dieu (491), elle-même conçue du Saint-Esprit, le purgatoire (593), le culte des images et des reliques (788), l’eau bénite (850), l’infaillibilité de l’Église (1076), la vente des indulgences (1190), le dogme de la transsubstantiation (1215), l’infaillibilité du pape (1870)… Bref, tous ces dogmes qui sont rajoutés aux textes canoniques.
Verset 3 : « Alors il me transporta en esprit dans un désert, et je vis une femme assise sur une bête écarlate, couverte de noms blasphématoires et qui avait sept têtes et dix cornes. »
Dans ce verset, nous abordons le jugement de la grande prostituée. Il y a beaucoup d'images dans cette partie qu'il faut décortiquer :
D'abord, il y a le désert, qui signifie des conditions difficiles de vie mais aussi l'absence de spiritualité.
La femme (la prostituée) est assise sur une bête écarlate. Le fait d'être assise signifie qu'elle fonde son pouvoir sur cette bête écarlate et qu'elle a un pouvoir sur la bête, comme un cavalier sur sa monture.
La bête représente dans la Bible le pouvoir politique et elle est écarlate, car toute puissante, la couleur écarlate étant un signe de domination.
La bête est couverte de noms blasphématoires, car elle offense Dieu par ses adorations.
Enfin, elle a sept têtes et dix cornes. Arrêtons-nous sur cette description de la bête avec ses sept têtes et ses dix cornes.
Les têtes ont plusieurs interprétations, mais l'explication qui nous est donnée au verset 9 et 10 de ce chapitre permet d'en comprendre le sens : « C’est ici qu’il faut une intelligence éclairée par la sagesse. Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois : cinq sont tombés, l'un règne, l'autre n'est pas encore venu. Et quand il sera venu, il ne doit rester que peu de temps. ».
Les sept montagnes sont associées par beaucoup d'exégètes à Rome en tant que pouvoir, car la ville de Rome est entourée de sept collines. La montagne est effectivement un symbole de pouvoir. La suite dans le verset 10 nous dit que ces sept têtes sont sept rois : cinq sont tombés, l'un règne (du temps de Jean) et un autre roi doit venir et quand il viendra, il ne restera que peu de temps.
Pour ceux qui ont une approche historique, les sept rois sont sept empereurs qui se succèdent. Voici la liste des empereurs qui se sont succédé :
1. Auguste
2. Tibère
3. Caligula
4. Claude
5. Néron
6. Galba
7. Othon
Cependant, cette énumération des empereurs ne correspond pas avec le verset qui indique que cinq empereurs sont tombés, car selon cette liste, le sixième empereur qui règne serait Galba. Or, du temps de Jean, l'empereur est Domitien, qui est le onzième empereur et non Galba (sans compter les usurpateurs, dont deux entre Claude et Néron et deux entre Galba et Othon). Pour expliquer cette incohérence avec l'histoire, ceux qui ont cette approche avancent que la révélation a été rédigée dans les années 70. Mais cela est en contradiction avec le chapitre 1, verset 9, dans lequel Jean dit qu'il a reçu cette révélation alors qu'il était sur l'île de Patmos, or Jean était en exil sur cette île en l'an 96 et non dans les années 70.
Pour les deux autres approches, les cinq rois prennent en compte la prophétie de Daniel et son explication de la vision de la statue rêvée par Nabuchodonosor.
1. Cette statue avait une tête en or, qui représentait l'empire babylonien.
2. La statue avait des épaules et des bras en argent, qui représentaient l'empire médoperse.
3. Elle avait un torse en bronze pour l'empire grec.
4. Des jambes de fer qui représentent l'empire romain.
5. Des pieds mêlés de fer et d'argile qui sont les différentes nations issues de l'empire romain. Le fer et l'argile mêlés indiquent des nations fortes mais non soudées, car l'argile n'est pas un élément qui cimente correctement.
L'ange dit que cinq sont tombés ; or, les différentes nations issues de l'empire romain ne sont pas encore apparues du temps de Jean. Il faut donc considérer l'empire assyrien, qui ne figurait pas dans la description du rêve du roi Nabuchodonosor, car cet empire avait déjà disparu, et la vision du roi ne s'intéressait pas au passé mais au présent et au devenir de l'empire babylonien.
Nous avons ainsi pour ces cinq têtes :
1. L'empire assyrien
2. L'empire babylonien
3. L'empire médo-perse
4. L'empire grec
5. L'empire romain
Mais il y a encore un problème. À l'époque de Jean, c'est l'empire romain qui règne et il n'est pas encore tombé, puisque c'est lui qui règne à son époque. Faut-il rajouter un autre empire précédent l'empire assyrien, comme l'Égypte, et considérer que l'empire romain est la sixième tête ? Ou, plus simplement, l'empire Médo-perse doit-il être compté comme deux rois ? En effet, cet empire est né de la fusion des deux empires, Mède et Perse. Que ce soit l'Égypte qui précède l'empire assyrien ou l'empire Médo-perse qui compte pour deux, la sixième tête pour ces approches est donc l'empire romain, et par déduction logique, la septième tête représente les nations issues de la chute de l'empire romain (les pieds faits d'argile et de fer mêlés de la prophétie de Daniel).
Cette bête est couverte de noms blasphématoires. Le blasphème peut être interprété de différentes façons, mais le plus souvent, le caractère blasphématoire est lié au fait de se croire supérieur, si ce n'est égal à Dieu. Le culte qu'exigeaient les empereurs, se faisant passer pour des dieux, est indubitablement blasphématoire et rejoint donc l'hypothèse historique comme étant la prostituée. Il faut noter que dans tous ces empires, la pratique du roi-dieu était courante. Les rois se faisaient passer pour des dieux, que ce soit en Égypte, chez les Assyriens, même chez les Grecs car Alexandre le grand se faisant passer pour un demi-dieu. De même, la richesse et le pouvoir confèrent les mêmes caractères, car ceux qui en possèdent se prennent aussi pour des dieux, et il suffit de regarder nos sociétés et leurs histoires pour se rendre à l'évidence que le culte de l'argent et du pouvoir est identique aux cultes que les rois des différents empires exigeaient d'eux. Enfin, pour ceux qui voient, comme indiqué plus haut, dans la prostituée, le pouvoir religieux, le fait de rajouter des dogmes, d'autres cultes et de se donner le pouvoir de jugement est considéré comme des blasphèmes.
La bête possède dix cornes. Les cornes symbolisent le pouvoir, la royauté. Dix est un nombre symbolique qui signifie la loi, l'ordre. Il ne faut pas forcément le prendre au sens littéral comme étant égal à 5 + 5, ou 2 x 5.
Remarque : si les têtes sont des rois, pourquoi les cornes seraient-elles également des rois ? Ainsi, la logique serait que les têtes représentent des empires et les cornes des rois.
En résumé :
Pour l'approche historique : la prostituée est le pouvoir romain, les rois et les têtes sont les différents empereurs qui se sont succédés et la bête est Rome. Pour les deux autres approches, nous avons une bête constituée de sept empires, dont le sixième est l'empire romain, le septième étant les nations issues de l'empire romain, et les dix couronnes des rois des nations issues de l'empire romain après sa chute.
Verset 4 : « Cette femme était habillée de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d'or remplie d'abominations et des souillures de sa prostitution. »
Cette femme (la prostituée) est habillée richement ; le pourpre étant une teinture très chère et l'écarlate, un signe de puissance. Elle est aussi parée d'éléments précieux (or, pierres, perles), ce qui montre l'importance de sa richesse. La coupe qu'elle tient est en or, mais il ne s'agit pas ici d'un symbole de pureté, car elle est remplie d'abominations et de souillures, qui symbolisent le péché et les dépravations. Ici encore, certains voient dans la souillure et les abominations le culte des empereurs romains qu'ils exigeaient du peuple. Un culte à l'égard des empereurs qui se prétendaient être des dieux. Ceux qui voient la prostituée comme le pouvoir religieux font un parallélisme avec l'habit des hauts dignitaires et les richesses dont ils abondaient. Quant à l'approche symbolique, le culte de l'argent est illustré par la parure et les bijoux que porte la prostituée.
Verset 5 : « Sur son front était écrit un nom, un mystère : « Babylone la grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. »
Ce verset insiste sur le caractère de la prostituée comme pour mieux appuyer son état. Sur son front, une écriture qui est à l'opposé des empreintes apposées sur le front des serviteurs de Dieu (voir chapitre 7 et 14). Ce qui est écrit sur son front indique encore qu'il s'agit de Babylone la grande, dont nous avons vu la signification et les différentes interprétations. Ici, elle est accusée d'être la mère des prostituées et des abominations de la terre. Le fait qu'elle soit la mère signifie qu'elle est à l'origine des prostituées. Il est donc question de plusieurs prostituées générées par Babylone la grande. Cette précision va encore dans le sens de l'approche symbolique, car la richesse, l'argent, le pouvoir génèrent des cultes qui sont des abominations. En effet, l'argent, la richesse, le pouvoir ne sont pas nés avec Rome, mais avec les différents empires qui se sont succédés. Enfin, l'article « la » qui précède le mot terre ne va pas dans le sens de l'approche spirituelle en tant que pouvoir religieux, car le pouvoir religieux n'a pas de pouvoir sur l'ensemble de la terre. En Chine, par exemple, il n'y avait pas de religion mais des prophètes comme Confucius.
Verset 6 : « Je vis cette femme ivre du sang des saints, du sang des témoins de Jésus. En la voyant, je fus saisi d'un grand étonnement. »
Après nous avoir montré que la prostituée enivrait les hommes avec le vin de sa prostitution, Jean la voit maintenant ivre du sang des saints et du sang des témoins de Jésus.
De quels témoins de Jésus est-il question ? Au chapitre 11, nous avons vu les deux témoins de Jésus chargés d'amener le monde à la repentance et ce qu'ils sont devenus. Les apôtres étaient également les témoins de Jésus, car ils l'ont accompagné lors de son ministère.
Si l'on retient l'hypothèse des apôtres comme témoins, ce verset irait dans le sens de l'approche historique, car les témoins de Jésus (les apôtres) vivaient à ce moment-là et ont été martyrisés sous l'empire romain. Si, par contre, on retient l'hypothèse des deux témoins du chapitre 11, alors l'empire romain ne peut être la prostituée, car ces deux témoins ne se sont toujours pas manifestés et l'empire romain n'existe plus.
Enfin, le mot témoin concerne aussi les disciples de Jésus. Ceux qui croient en Jésus sont, par définition, des témoins. Donc, on ne peut pas restreindre les saints et les témoins de Jésus à la seule époque romaine, d'autant que les saints ont existé dans toute l'histoire de l'humanité et pas seulement à Rome.
=> Nous n'avons pas plus d'informations, chacune des hypothèses est possible.
Verset 7 : « L'ange me dit : « Pourquoi t'étonnes-tu ? Je te dirai le mystère de la femme et de la bête qui la porte, celle qui a les sept têtes et les dix cornes. »
Devant l'étonnement de Jean, l'ange lui dit qu'il va être informé sur le mystère de la femme (la prostituée) et de la bête, et que nous allons voir maintenant.
Verset 8 : « La bête que tu as vue existait et elle n'existe plus. Elle va monter de l'abîme et s’en aller à la perdition. Les habitants de la terre, ceux dont le nom n'a pas été inscrit dès la création du monde dans le livre de vie, s'étonneront en voyant que la bête existait, qu’elle n'existe plus et qu’elle reparaîtra. »
Nous avons une première information importante. La bête existait (passé) mais elle n'existe plus (présent). Il ne peut donc s'agir de l'empire romain, car à l'époque de Jean, l'empire romain existait bien.
Puis, elle va monter de l'abîme et s'en aller à la perdition. Ceci est surprenant, puisque juste avant, on nous dit que la bête n'existe plus. Mais le passage suivant « elle va monter de l'abîme » nous rappelle le chapitre 9 dans lequel (verset 1) une étoile tombée du ciel reçoit les clés de l'abîme, et cela prend tout son sens. En effet, la bête n'existait plus, car elle était dans l'abîme. Puis, lorsque l'étoile ouvre le puits de l'abîme, la bête monte de l'abîme pour aller à la perdition. Cette réapparition est également décrite au chapitre 11, verset 7, où la bête monte de l'abîme pour combattre les deux témoins. Cette partie nous permet également d'éclaircir l'identité des témoins dont il est question au verset 6 de ce chapitre : ce sont bien les deux témoins envoyés par Jésus-Christ pour obtenir la repentance dans le monde entier et non des apôtres dont il est question.
À noter que ceux qui n'ont pas leur nom inscrit dans le livre (à traduire par qui ne seront pas sauvés) vont s'étonner de la voir ressurgir. Le mot étonné suggère aussi être séduit.
Si l'on se réfère au fait que la bête n'existe plus au début du verset 8 mais qu'elle réapparaît ensuite, on peut penser que Jean voit le futur et, dans celui-ci, l'empire romain n'existe plus.
Au chapitre 13, verset 3, Jean voit également cette bête qui représentait les différents empires (Babylone, Médo-perse, grec et romain) dont il dit qu'une de ses têtes fut blessée mortellement mais qu'elle fut guérie et que la terre entière fut remplie d'admiration pour la bête.
Il n'y a donc pas d'ambiguïté, la bête dont il est question ici, c'est l'empire romain, et elle renaît sous forme de plusieurs nations, comme les pieds de la statue explicité par Daniel après avoir été enfermée dans le puits de l'abîme.
Remarque : beaucoup d'exégètes expliquaient la disparition de la bête avec la mort de Néron, qui devait réapparaître. Mais ces explications étaient basées sur un mythe du retour de Néron qui ne s'est jamais produit.
Versets 9 et 10 : « C’est ici qu’il faut une intelligence éclairée par la sagesse. Les sept têtes sont sept montagnes sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois : cinq sont tombés, l'un règne, l'autre n'est pas encore venu. Et quand il sera venu, il ne doit rester que peu de temps. »
Nous nous sommes déjà appuyés sur ces deux versets qui donnent l'explication du verset 3 sur ce que représente la bête.
Verset 11 : « Quant à la bête qui existait et qui n'existe plus, elle est elle-même un huitième roi ; elle fait partie des sept et s’en va à la perdition. »
Dans ce verset, nous retrouvons également ce que nous disions au verset 8 précédent, et qui confirme que la bête qui a sept têtes est elle-même un roi, c'est-à-dire un pouvoir. Mais ici, il y a un élément important à considérer. Ce verset nous indique que la bête est elle-même un huitième roi, ce qui signifie que la bête représente un pouvoir. Puis, ce verset nous dit qu'elle fait partie des sept. Il est logique de penser qu'il s'agit des têtes dont on parle.
Pour l'approche historique, il s'agit toujours des empereurs romains.
Pour les deux autres approches, qui s'appuient sur l'explication de Daniel, la bête qui existait et n'existe plus, c'est l'empire romain. Cet empire est un huitième roi, car à la chute de l'empire romain, les nations qui en sont issues constituent un nouveau pouvoir.
Pour l'approche spirituelle, ce nouveau pouvoir est un ordre mondial qui va prendre le pouvoir sur le monde, type ONU, etc. Pour l'approche symbolique, c'est le pouvoir de l'argent et du commerce qui rejoint un peu l'idée d'un ordre mondial sans vouloir l'identifier à un organisme comme l'ONU. Mais remarquons que l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) se comporte également comme un ordre mondial qui régit les règles du commerce.
Verset 12 : « Les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n'ont pas encore reçu de royaume, mais ils reçoivent le pouvoir de régner pendant une heure avec la bête. »
L'approche des exégètes qui voient dans ces dix cornes les empereurs romains successifs a du mal à coller avec la réalité historique. Du temps de Jean, nous sommes en effet déjà au onzième empereur, qui n'est autre que Domitien. Pour contourner toutes ces objections, ces exégètes avancent que ces dix rois qui succéderont aux sept premiers seraient en fait des lieutenants impériaux qui dirigeraient les persécutions.
Mais, dans ce verset, nous avons une dimension prophétique dans la vision de Jean, puisqu'il dit que les dix rois n'ont pas encore reçu de royaume (au futur). Ainsi, nous pouvons voir les dix cornes comme des royaumes ou des nations qui n'existent pas du temps de Jean. Ces nations ne peuvent être que issues de la chute de l'empire romain, c'est-à-dire : France, Angleterre, Espagne, Portugal, Italie, Allemagne, Autriche, USA, Canada...
Ces nations n'existent pas encore à l'époque de Jean, mais dans ce verset, nous apprenons qu'elles reçoivent le pouvoir de régner pendant une heure. Une heure signifie un temps très court et c'est une des objections faites par les adeptes de l'approche historique. Il faut cependant admettre que ces royaumes issus de la chute de l'empire romain n'existent pas à ce moment-là. En effet, il faudra attendre plusieurs siècles pour que les royaumes se forment, et on peut dire que toutes ces nations n'existent vraiment que depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Car il a fallu de nombreuses guerres et événements politiques pour façonner ces États jusqu'à devenir aujourd'hui des nations bien établies avec des frontières reconnues. Et si l'on regarde de près, cela fait peu de temps au regard de l'histoire.
Verset 13 : « Ils ont une même pensée et ils donnent leur puissance et leur pouvoir à la bête. »
Pour ceux qui ont une approche historique, il s'agirait des gouverneurs ou lieutenants impériaux qui ont donc la même pensée que Rome et exécutent les ordres de la bête (Rome).
Pour les autres approches, ce verset est intrigant. Nous parlons ici des nations issues de l'empire romain, et ce verset nous indique que ces nations ont une même pensée et qu'elles (les rois = les nations) remettent leur pouvoir à la bête. Certains pensent qu'il s'agit d'une entité qui unifie ces nations et désignent naturellement l'ONU comme étant la bête à qui ces nations confient leur pouvoir. On peut le voir aussi de façon symbolique. Si nous analysons notre époque, on ne peut que remarquer une certaine pensée commune entre les différentes nations issues de l'empire romain, car les nations d'aujourd'hui remettent effectivement de plus en plus leur pouvoir entre les mains de ceux qui possèdent l'argent et le commerce. Rappelons-nous aussi le nombre de la bête : 666 et sa marque qui, si elle n'est pas acceptée, interdira tout commerce, donnant ainsi un pouvoir énorme à la bête.
Verset 14 : « Ils combattront contre l'Agneau, et l'Agneau les vaincra parce qu'il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois. Ceux qui ont été appelés, choisis et fidèles et sont avec lui les vaincront aussi. »
Ce verset est toujours d'ordre prophétique, car il est au futur.
Pour ceux qui ont une approche spirituelle ou symbolique, ces nations combattront le Christ, mais le Christ les vaincra. Ceci peut nous paraître surprenant dans la mesure où les nations issues de l'empire romain sont de confession chrétienne. Cela doit nous amener à nous poser des questions : En quoi ces nations combattraient-elles le Christ ? Ce que nous pouvons dire, c'est qu'il s'agit déjà d'un combat d'ordre spirituel. Autrement dit, ces nations qui ont les mêmes pensées vont s'écarter du message de la parole du Christ et vont agir à l'opposé de ce que Jésus est venu semer parmi les hommes. Or Jésus a enseigné l'amour du prochain, l'amour de Dieu et toutes ces valeurs spirituelles de charité, de partage. Ces nations vont donc prendre une tournure qui rejettera le Christ et sa parole, pour favoriser d'autres valeurs.
Pour ceux qui ont une approche historique, les combats contre l'Agneau correspondent aux persécutions, et l'Agneau les vaincra, car les persécutés résisteront jusqu'à la mort et ainsi le christianisme survivra à ces persécutions.
Verset 15 : « Puis il me dit : « Les eaux que tu as vues, sur lesquelles la prostituée est assise, ce sont des peuples, des foules, des nations et des langues. »
Nous sommes dans l'explication par l'ange de la vision de Jean. Nous avons déjà vu cette explication de l'eau qui signifie la population apaisée. Ici, l'ange précise que les grandes eaux sont des peuples, des foules, des nations et des langues. Il y a donc plusieurs nations et plusieurs langues. C'était le cas dans l'empire romain et c'est également ce que nous retrouvons dans les différentes nations issues de l'empire romain. Ce verset peut ainsi se traduire de la façon suivante : la prostituée assoit son pouvoir sur de nombreux peuples de différentes langues.
Verset 16 : « Les dix cornes que tu as vues et la bête détesteront la prostituée ; elles la dépouilleront et la mettront à nu, elles mangeront sa chair et la détruiront par le feu. »
Ce verset est toujours prophétique, car mis au futur. Il nous informe que la bête et les rois se retourneront contre la prostituée au point de la dépouiller, de la mettre à nue, ce qui signifie qu'ils se moqueront d'elle. Ils iront jusqu'à manger sa chair, qui est un acte odieux, et la détruiront par le feu.
Pour ceux qui ont une approche historique, les dix rois sont dix gouverneurs qui se sont conjurés pour faire de Domitien un empereur, et qui marcheront avec lui contre Rome. Ils la réduiront en désert et la consumeront par le feu, renouvelant, en l'aggravant, l'exploit de Néron, qui avait incendié sa capitale.
Dans l'approche spirituelle, qui fait de la prostituée les fausses religions, ce sont les nations qui la rejetteront en la ridiculisant et en lui ôtant son pouvoir et sa superbe.
Enfin, dans l'approche symbolique, qui, pour rappel, considère que la prostituée représente le culte de l'argent et de la richesse, ces valeurs ne seront plus aussi importantes car elles seront remplacées par d'autres valeurs, ou bien ces valeurs seront absorbées par un pouvoir plus fort qui imposera ses propres valeurs.
Verset 17 : « En effet, Dieu leur a mis à cœur de réaliser son propre projet en ayant la même pensée et en donnant leur royauté à la bête jusqu'à ce que les paroles de Dieu soient accomplies. »
Il s'agit ici du plan de Dieu. Les rois ne sont que les exécuteurs de son plan. C'est Dieu qui a créé, entre ces ambitieux, naturellement rivaux, l'accord admirable grâce auquel ils ont un même dessein : donner leur royaume à la bête.
Mais le règne de celle-ci subsistera seulement jusqu'à ce que les paroles de Dieu, c'est-à-dire les prophéties relatives à la chute de Babylone, soient accomplies.
Pour ceux qui ont l'approche historique, les rois (les gouverneurs) abandonnent leur pouvoir à la bête (Rome), permettant ainsi à l'empire de se maintenir jusqu'à sa chute.
Pour les autres approches, elles convergent vers l'abandon du pouvoir des nations envers un ordre mondial sous différentes formes qui prendrait le contrôle du monde.
Verset 18 : « Et la femme que tu as vue, c'est la grande ville qui exerce la royauté sur les rois de la terre. »
Ce verset vient conclure ce chapitre en rappelant la nature de la femme (la prostituée), qui est la grande ville (Babylone).
Commentaires
Enregistrer un commentaire